Table-ronde : Passagers clandestins - Bétonsalon - Centre D'art Et De Recherche

Le

De 15h00 à 18h00

Bétonsalon - Centre D'art Et De Recherche

9 Esplanade Pierre Vidal-Naquet
75013 Paris
(English below)

Passagers clan­des­tins (Stowaways)
avec Samir Boumediene, Teresa Castro, Laura Huertas Millán

À l’époque où la bota­ni­que fai­sait partie inté­grante des explo­ra­tions trans­at­lan­ti­ques, la jeune pay­sanne et her­bo­riste Jeanne Baret se tra­ves­tis­sait en valet de son maitre et amant, le bota­niste Philibert Commerson, et embar­quait à bord de L’Étoile, l’un des navi­res de l’expé­di­tion de Bougainville (1766-1769). Voyageuse impé­riale, ce per­son­nage clé de l’expo­si­tion de Candice Lin, A Hard White Body (Un corps blanc exquis), occupe une place trou­ble et ambi­guë : par son voyage, elle reven­di­quait la pos­si­bi­lité d’un hori­zon de vie alors défendu aux femmes. Cependant, elle contri­buait par là à l’entre­prise impé­riale de conquête du monde ainsi qu’à la colo­ni­sa­tion du savoir par la clas­si­fi­ca­tion des plan­tes qu’elle col­lec­tait dans les Amériques et les îles de l’océan Indien.

L’acti­vité de Baret amène au cœur de la connexion entre plan­tes et empire, entre projet occi­den­tal et mas­cu­lin de domi­na­tion et résis­tan­ces rusées, mul­ti­ples et pra­ti­ques. Établissant des connexions trans­at­lan­ti­ques, les voya­ges d’explo­ra­tions ne se résu­maient jamais à des cir­cu­la­tions à sens unique. Au contraire, parmi les pas­sa­gers clan­des­tins se trou­vent outre les humains voya­geant en cachette, ou sous cou­vert d’une iden­tité emprun­tée, des grai­nes, des semen­ces, des bac­té­ries et virus, des plan­tes et ani­maux qui se dis­sé­mi­nent de part et d’autres de l’océan. Puissances indomp­ta­bles, ces corps sans pas­se­ports ni fiche d’inven­taire débor­dent la volonté de mai­trise, se par­sè­ment, s’incrus­tent et se démul­ti­plient en inte­rac­tion avec leurs terres d’accueil.

- Samir Boumediene : Autour de la magie amou­reuse

« Tabac, coca, quin­quina, cacao, gaïac, peyotl, poi­sons, abor­tifs… De 1492 au milieu du XVIIIe siècle, les Européens s’appro­prient en Amérique d’innom­bra­bles plan­tes médi­ci­na­les. Au moyen d’expé­di­tions scien­ti­fi­ques et d’inter­ro­ga­toi­res, ils col­lec­tent le savoir des Indien.ne.s ou des escla­va­gisé.e.s pour mar­chan­der des dro­gues, et élaborent avec elles les pre­miè­res poli­ti­ques de santé. Dans le même temps, inqui­si­teurs et mis­sion­nai­res inter­di­sent l’usage rituel de cer­tai­nes plan­tes et se confron­tent aux résis­tan­ces des gué­ris­seurs [et gué­ris­seu­ses]. Botanique, frau­des et sor­cel­le­rie : entre les forêts amé­ri­cai­nes et les cours du Vieux Monde, l’étude de Samir Boumediene raconte l’expan­sion euro­péenne comme une colo­ni­sa­tion du savoir. »

- Teresa Castro : Le cinéma et quel­ques-unes de ses fables végé­ta­les

Au cinéma, le végé­tal s’anime : les arbres dan­sent, les cham­pi­gnons fré­mis­sent et les fleurs tour­noient. Grâce à ses res­sour­ces expres­si­ves et à sa puis­sance fabu­la­trice, le cinéma - médium de la moder­nité et avatar de l’objec­ti­vité - devient ainsi, et para­doxa­le­ment, le divul­ga­teur de « l’âme végé­tale », bou­le­ver­sant les fron­tiè­res du vivant et engen­drant des inten­tion­na­li­tés plus ou moins sur­pre­nan­tes. En par­tant de quel­ques exem­ples très divers, du cinéma scien­ti­fi­que aux films de série B, cette pré­sen­ta­tion se pro­pose d’explo­rer quel­ques-unes des fables végé­ta­les fabri­quées par le cinéma, en met­tant l’accent sur la façon dont celles-ci asso­cient par­fois le végé­tal et le fémi­nin.

- Laura Huertas Millán : Voyage en la terre, autre­ment dite, 2011, 23’, cou­leur, stéréo, DCP

Projection et dis­cus­sion avec l’artiste autour de son film.

Accompagnant les conquê­tes impé­ria­les, les récits de voya­ges d’explo­ra­tion natu­relle et eth­no­gra­phi­que par­ti­ci­pent à l’inven­tion des ter­ri­toi­res colo­ni­sés. La récur­rence de cer­tains tropes, une dra­ma­tur­gie pres­que géné­ra­li­sée qui laisse surgir ce monde nou­veau pour les Occidentaux, laisse per­ce­voir à quel point les atten­tes des voya­geurs impé­riaux façon­nent leur objet.
Voyage en la terre autre­ment dite se base sur un corpus large de ces récits d’explo­ra­tions et s’inter­roge sur la per­sis­tance des ima­gi­nai­res exo­ti­sants dans le cinéma contem­po­rain. Il est entiè­re­ment tourné dans le huis clos d’une serre équatoriale à Lille, cons­truite en 1970 par l’archi­tecte Jean-Pierre Secq. Tout comme il reve­nait aux « eth­no­lo­gues en fau­teuil » (arm­chair eth­no­lo­gists) de cano­ni­ser un savoir sur les terres colo­ni­sées et leurs habi­tant.e.s, l’ima­gi­naire des Amériques se com­pose ici au tra­vers de récits qui pré­fi­gu­rent le regard. Le film inves­tit cet ima­gi­naire et vient aus­si­tôt le dés­ta­bi­li­ser en intro­dui­sant des déca­la­ges, des camou­fla­ges et des irri­ta­tions, mineu­res et majeu­res.

Plus d'informations : http://betonsalon.net/spip.php?article735&lang=fr

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ENGLISH

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Stowaways
with Samir Boumediene, Teresa Castro, Laura Huertas Millán
*in French

At a time when botany was an inte­gral part of transat­lantic explo­rations, the young peasant and herbalist Jeanne Baret dis­guised her­self as the valet of her mentor and lover, the botanist Philibert Commerson, and boarded L’Étoile, one of the ships of the Bougainville expe­di­tion (1766-1769). An impe­rial trav­eler, this key figure in Candice Lin’s exhi­bi­tion A Hard White Body occu­pies a trou­bled and ambiguous place: with her journey, she claimed the pos­si­bility of a life then denied to women. However, the journey at the same time con­tributed to an under­taking of con­quest and the col­o­niza­tion of knowl­edge by the clas­si­fi­ca­tion of the col­lected plants found in the Americas and on the islands of the Indian Ocean.

Baret’s activity was at the heart of the con­nec­tion between plants and empire, between Western con­cepts and mas­cu­line dom­i­na­tion and cun­ning resis­tance, mul­tiple and prac­tical. Establishing transat­lantic con­nec­tions, exploratory jour­neys were never one-way traffic. On the con­trary, among the stow­aways were, in addi­tion to human beings, trav­eling in secret or under the guise of a bor­rowed iden­tity, seeds, bac­teria and viruses, plants and ani­mals that spread on both sides of the ocean. Indomitable powers, these bodies without pass­ports or inven­tory record eluded from the will of mas­tery, were scat­tered, encrusted and mul­ti­plied in inter­ac­tion with their new home­lands.

- Samir Boumediene: On magic love

"Tobacco, coca, cin­chona, cocoa, guaiac, peyote, poi­sons, abortives... From 1492 to the middle of the eigh­teenth cen­tury, Europeans in America appro­pri­ated count­less medic­inal plants. Through sci­en­tific expe­di­tions and inter­ro­ga­tions, they col­lected the knowl­edge of Native Americans or enslaved pop­u­la­tions to market drugs and develop with them the first health poli­cies. At the same time, inquisi­tors and mis­sion­aries for­bade the ritual use of cer­tain plants and saw them­selves con­fronted by the resis­tance of healers. Botany, fraud and witchcraft: between the American forests and the courts of the Old World, the study of Samir Boumediene tells the European expan­sion as a coloni­sa­tion of knowl­edge."

- Teresa Castro: Cinema and some of its veg­etable fables

In cinema, plants come to life: trees dance, mush­rooms quiver and flowers whirl. Thanks to its expres­sive resources and its fab­u­la­tive power, cinema – the medium of moder­nity and the avatar of objec­tivity – thus becomes, para­dox­i­cally, the diviner of the "veg­etable soul", upset­ting the bor­ders of life and engen­dering more or less sur­prising inten­tion­al­i­ties. Starting with some very diverse exam­ples, from science cinema to B-rated movies, this pre­sen­ta­tion explores some of the fables fab­ri­cated by cinema, focusing on how they some­times asso­ciate plants with the fem­i­nine.

- Laura Huertas Millán: Journey to a Land Otherwise Known, 2011, 23 min., color, stereo, DCP.

Screening and dis­cus­sion with the artist on her film
Accompanying impe­rial con­quests, sto­ries of nat­ural and ethno­graphic explo­ration trips con­tributed to the inven­tion of the col­o­nized ter­ri­to­ries. The recur­rence of cer­tain tropes, an almost uni­versal dra­maturgy that let this new world emerge for Westerners, shows how much the expec­ta­tions of impe­rial trav­elers shaped their object.
Journey to a Land Otherwise Known is based on a broad body of these sto­ries of explo­ration and ques­tions the per­sis­tence of exotic imag­i­naries in con­tem­po­rary cinema. It is entirely shot in an equa­to­rial green­house in Lille, built in 1970 by the archi­tect Jean-Pierre Secq. Just as it was up to the Armchair Ethnologists to can­onize knowl­edge about col­o­nized lands and their inhab­i­tants, the imag­i­nary of the Americas is com­posed here through nar­ra­tives that pre­figure the gaze. The film invests this imag­i­nary and imme­di­ately desta­bi­lizes it by intro­ducing shifts, cam­ou­flages as well as minor and major irri­ta­tions.

Find out more: http://betonsalon.net/spip.php?article736&lang=en

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