Avec ses deux tours massives qui encadrent la plus ancienne herse de France et les arabesques des jardins à leur pied, c’est l’image iconique la plus instagrammable d’Angers ! Qui n’a jamais rêvé de descendre dans ces douves qu’on ne voit que d’en haut pour flâner à l’ombre des hautes tours de la forteresse de Saint-Louis et Blanche de Castille et déambuler parmi les arabesques des parterres réguliers ?
Ces jardins historiques dessinés et plantés en 1911 sont les plus anciens du monument et avaient pour objectif initial de devenir un parc public. 114 ans plus tard, leur ouverture ponctuelle et régulière aux visiteurs par les équipes du château vise à faire découvrir leur histoire et à partager le point de vue exceptionnel qu’ils offrent sur les formidables remparts de la forteresse qui révèle vue d'en bas sa puissance royale.
Ce projet angevin de jardins pour les fossés du château s’inscrit en 1910 dans un mouvement plus global en France de réinvention d'une tradition paysagère. Avec les figures des architectes-paysagistes Henri et Achille Duchêne, c'est le retour des grandes compositions jardinées dans les sites historiques, comme au château de Champs-sur-Marne. Après la défaite de 1870, la restauration du prestige de la France passe aussi par l’art du paysage. Ce patriotisme se traduit notamment par une réinterprétation des formes classiques et régulières, sur le modèle de ce qui est vu alors comme l’âge d’or des jardins : Versailles.
Angers suit donc la mode ! C’est d’ailleurs un enseignant de la prestigieuse école de Versailles qui a la charge du projet des fossés : le paysagiste René André. Suivant la philosophie des Duchêne, il crée pour les fossés du château des jardins inspirés des formes et des codes du jardin « à la française », avec des parterres de pelouse épurés et réguliers qui se déploient alors dans l’ensemble des fossés. Cet habitué des commandes pour des lieux historiques n’est pas un inconnu à Angers : Edouard André, son père, disciple d’André Leroy, y a déjà conçu le jardin des plantes et lui-même réalisera le parc de la Garenne-Saint-Nicolas à partir de 1936.
À partir de 1919, une remise en état des jardins est rendue nécessaire par quatre années de guerre au cours desquelles les douves avaient retrouvé une fonction de jardin potager. Du côté du boulevard et de l’actuelle place Kennedy, le dessin général des jardins de 1911 est conservé mais des modifications sont apportées à la composition : on ajoute au sein des parterres très minimalistes et contemporains de René André des broderies fleuries. C'est là encore une référence au jardin régulier de l’époque classique : avec les jeux d’eau, les bosquets ou encore la perspective, les parterres de broderie étaient une des composantes des jardins dits « à la française ». Mais dans la tradition du jardin du XVIIe siècle, les fleurs avaient une place très restreinte. C'est probablement la mode de la mosaïculture, très en vogue depuis le Second Empire dans les embellissements urbains, qui inspira ces nouveaux choix à la Ville dans l'entre-deux-guerres.
Du côté de la Porte de Ville (entrée actuelle du monument), les jardins ont été supprimés dans l’entre-deux-guerres, peut-être suite à un éboulis de la contrescarpe le long de la Promenade du Bout-du-Monde. A la place, des cervidés y sont parqués jusqu’en 1999, date à laquelle ils sont finalement retirés pour raisons sanitaires. Si un tel parc à animaux n'est plus envisageable aujourd'hui, les équipes du monument réfléchissent en revanche à une valorisation plus écologique de ce côté du fossé, dans la perspective d'y favoriser la biodiversité et notamment la faune sauvage. Ce travail de protection de l'environnement déjà engagé sur le reste du domaine vaut au château d'Angers depuis 2011 un classement « refuge pour la protection des oiseaux » et « refuge chauve-souris ».
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