A 14h00
Le Frac Poitou-Charentes présente la première exposition personnelle en Europe du collectif Tizintizwa. Basé à Casablanca, il développe une pratique pluridisciplinaire qui mobilise récits oraux, matériaux documentaires et mémoires situées pour faire émerger des contre-récits, depuis les cultures d’Afrique du Nord et du Sud global.
Tizintizwa – qui signifie «col des abeilles» en tamazight – conçoit son travail comme une pratique collective fondée sur la circulation des récits, des savoirs et des imaginaires entre différents territoires. L’exposition présentée au Frac Poitou-Charentes s’inscrit dans un projet de recherche mené en 2025 en Nouvelle-Aquitaine, qui explore les relations historiques et culturelles entre la France rurale et l’histoire coloniale française.
L’exposition présentée au Frac Poitou-Charentes est le fruit d’un projet de résidence de recherche intitulée Growing Language in a Greenhouse qui a eu lieu en 2025. La projet s’est s’est développé autour du questionnement des processus de centralisation politique et de construction des états-nations, ainsi qu’à leurs effets sur l’uniformisation linguistique, culturelle et environnementale. Entre la France et ses anciennes colonies, les dynamiques d’homogénéisation ont souvent été accompagnées de récits et de justifications parallèles, où certains modes de vie étaient présentés comme éloignés d’un idéal alors considéré comme celui de la « civilisation ».
Dans ces discours, certains responsables politiques comparaient les populations rurales françaises aux populations d’Afrique du Nord, mobilisant également des références aux récits anciens notamment les mythes liés aux guerres saintes – pour contribuer à façonner une identité nationale encore en formation. La langue française et les récits qui l’accompagnaient ont ainsi joué un rôle majeur dans la construction du projet national, des figures de Roland ou de Charles Martel jusqu’aux textes de Jules Ferry, Gautier ou Gambetta, qui ont profondément marqué les campagnes françaises.
Au fil du temps, à mesure que s’atténuait la distance entre centre urbain et les marges rurales, que les populations paysannes s’intégraient davantage au modèle national, l’enjeu de l’unité culturelle a évolué. Les regards et les récits collectifs se sont alors davantage tournés vers la figure de « l’autre », notamment dans un contexte colonial. Aujourd’hui encore, les échos entre certains imaginaires médiévaux et des conceptions contemporaines de la nation demeurent perceptibles, par exemple dans certaines références récurrentes aux guerres saintes au sein de discours politiques.
Pour leur exposition au Frac, le collectif Tizintizwa présente une série d’œuvres spécialement conçues pour l’exposition qui dessinent un récit satirique semi-fictionnel utilisant divers supports. Fruit des recherches menées entre sources académiques et des recherches de terrain en Nouvelle-Aquitaine, les œuvres comprennent une vidéo, des oeuvres graphiques et sculpturales.
Pour mener leurs recherches, les quatre artistes du collectif ont été accueillis entre mars et octobre 2025 successivement à La Réciproque (Hasparren), La Forêt d’Art contemporain (PNR des Landes de Gascogne), Trapèze (St Jean d’Angély) et la Maison des écritures (La Rochelle).
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