A 20h00
« Benti », qui vit à l'étranger, rentre régulièrement au Maroc. Mais, cette fois, c'est pour se marier. Dans ses valises, l’épaisseur d’un non-dit qui déborde jusque dans les formules du swab et les recoins du salon bourgeois où se déploie le mythe familial depuis plusieurs générations. Difficilement traduisible en français, le swab symbolise, dans la société marocaine, aussi bien les bonnes manières qu'un art de vivre millénaire, un code à double tranchant créant l'hospitalité autant que le refoulement. Car, entre un frère et une sœur, un spectre qui menace de tout fissurer hante cette famille parfaite. Kenza Berrada, metteuse en scène et comédienne, brosse un tableau subtil des silences qui précèdent la tempête et de la nostalgie d’une splendeur enfuie, dans ce milieu social qu’elle connaît de l’intérieur. Elle nous fait ressentir toutes les nuances de la aïta (littéralement, le « cri ») dont l’interprétation est confiée à un ensemble masculin en caftans étincelants et perruques chatoyantes, le Kabareh Cheikhats. Dans leurs danses et leurs chants, quelque chose se redresse et le temps perdu se rattrape pour libérer les corps.
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