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Galerie Marcel-Duchamp Ecole Des Beaux-Arts De Châteauroux Métropole

36000 Châteauroux

Paul Pouvreau expose moires-mémoires à l’Ebacm
L’École des Beaux-arts de Châteauroux Métropole (Ebacm) accueille, du 1er octobre au 28 novembre 2026, l’exposition moires-mémoires du photographe plasticien Paul Pouvreau présentée dans le cadre du Bicentenaire de la photographie.
Qui est Paul Pouvreau ?
Paul Pouvreau est né en 1956 à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Il vit à Argenton-sur-Creuse. Son travail artistique fait l’objet de nombreuses expositions en France et à l’étranger : Centre Pompidou, Paris ; Centre photographique d’Ile de-France (CPIF) ; Les Rencontres de la photographie d’Arles ; MAC Val ; CRAC de Sète ; Frac Basse-Normandie, Caen ; Frac Corse ; Galerie Les Filles du Calvaire, Paris et Bruxelles ; Musée des Beaux-arts, Ho Chi Minh Ville, Vietnam ; Galerie Nei Licht, Dudelange, Luxembourg ; Smack Mellon, Brooklyn, USA.
Ses œuvres sont présentes dans de nombreuses collections privées et publiques : Fonds national d’art contemporain (FNAC) ; FRAC Alsace, Corse, Franche-Comté, Limousin, PACA ; Artothèques de Caen, Vitré, Limoges, Lyon, Nantes, Pessac ; Musée de Valence ; Centre Georges Pompidou.
Depuis les années 1980, l’artiste collecte et agence les traces résiduelles de la marchandise dans notre environnement. Son geste interroge nos usages et la dérive des « petits riens » qui échouent un peu partout, témoins actifs de notre part de responsabilité dans la transformation du réel.
Un parasitage visuel.
À travers une réflexion sur le médium photographique et son dialogue avec d’autres disciplines, l’artiste s’empare ainsi des images qui prolifèrent sous forme de signes et de fragments dans l’espace urbain : logos, emballages, journaux, images publicitaires, etc.
Cette matière, zone d’ombre de la consommation, forme un véritable parasitage visuel qu’il recompose en étonnants paysages contemporains, faits de fragments du quotidien, où l’absurde et l’humour se côtoient.
À partir des années 2010, le végétal apparaît tel des décors artificiels, où l’image d’une nature idéalisée se confronte au paradoxe des matériaux qui la compose. Témoignant ainsi d’un certain désarroi quant à la vulnérabilité de la nature par rapport à celle de sa représentation toujours magnifiée et éternelle. Un tournant décisif s’affirme autour de 2015-2018, lorsque la végétation devient un motif récurrent à travers des simulacres du réel, notamment les bouquets réalisés à partir de sacs plastiques colorés (Les Invasives). L’artiste y met en évidence une nature séduisante mais altérée et fragilisée, prise dans les contradictions écologiques et consuméristes de notre époque.
Pour son exposition, Paul Pouvreau présente des photos, des dessins, des collages et une installation qui s’articulent autour de trois thèmes : la nature, le portrait, l’objet. L’ensemble interroge la nécessité même de produire encore des images dans le trop plein des signes visuels.
L’artiste nous rappelle que l’acte de photographier n’est pas anodin et engage une réflexion sur la nécessité de rajouter une image à celles existantes aujourd’hui. La prolifération vertigineuse de celles-ci, à l’ère du numérique et des réseaux, amenuise l’acte même de voir et banalise le regard.
Il n’y a pas si longtemps le processus classique de la photographie, laissait une part belle à l’image latente. Un temps de latence, précieux qui laissait au photographe le temps de faire la distinction entre le paraitre et l’apparition.
Recours à d’autres mediums.
En recourant à d’autres médiums, comme la sculpture ou le dessin (dessins au stylo bille sur journaux), l’artiste interroge ce besoin et cette nécessité de « faire image » et paradoxalement sans photographier. Ou comment une sculpture ou un collage peut révéler une image « déjà là » mais non vue, car parasitée par d’autres signes. « Mal vu, mal dit », dirait Beckett pour reprendre le titre d’un de ces livres.
Ainsi, l’installation dès lors déplace le rapport à l’image, vers une dimension architecturale et iconique. Elle occupe le centre de la galerie et se présente comme un énorme présentoir en carton, sur lequel court, telle une icône en trois dimensions, une ligne dorée à l’effigie d’objets usuels. Le procédé fonctionne à merveille : l’artiste ne produit aucune image, mais utilise celles existantes sur les cartons d’emballage après avoir détouré les images des objets, en leur apposant un fond doré.
Le processus consiste à reconsidérer la présence ou plutôt la re-présence de ces objets, en les transfigurant, en annulant les éléments parasites, créant une sorte d’icônes « triviale » qui sacralise l’image. Et insidieusement ici, les boîtes d’emballage nous rappellent celle que Nicéphore Niepce fabriqua de façon rudimentaire avec quelques morceaux de bois, non pas pour saisir le réel mais son empreinte lumineuse. Une image qui dès lors fascinera le monde entier, similaire en ce sens au pouvoir des icônes.
Cette œuvre dialogue avec un diptyque photographique sage comme une image qui atteste du pouvoir de la photographie, non pas à faire valoir un point de vue univoque sur le monde mais un regard pluriel sur les images de l’actualité et leurs usages. Bousculant les codes de représentation de la nature morte, la composition offre une scène surprenante d’objets d’usages courants masqués par les journaux et autres contenants cartonnés censés les protéger.
Là encore le diptyque met sur le devant de la scène une vision paradoxale, où la violence des images n’est là que pour protéger des biens matériels. Déjouant l’idée de l’image figée, les deux photos invitent le spectateur à reconstruire le temps et le mouvement d’une action dont le sens demeure indécis et ambivalent. Proposant ainsi un espace ouvert en forme d’interrogations sur les relations, souvent ambiguës et contradictoires, que nous entretenons avec les images.
Cette réflexion sur les états du médium photographique, notamment comme « écriture de lumière » l’amènera par ailleurs, à développer une relation avec le geste et la performance. Comme dans la série L’eau des fleurs représentant des empreintes de bouquets de fleurs dessinés à l’eau à même le sol en béton.
À la croisée du dessin et de la photographie, ce Haiku visuel symbolise la fuite du temps. On reste confondu par la présence physique de l’image, qui conjugue l’instantanéité de la photographique et du dessin pour prendre de vitesse l’évaporation de l’eau. Une série légèrement teintée de mélancolie, en grisaille, où la fragilité de notre monde se laisse entrevoir.
Réactualisation de la nature des objets.
Le thème du bouquet forme dans la grande pièce un mur composite de photographies réalisées à des périodes différentes, en contrepoint des œuvres précédemment citées. Ces dernières prolongent une réflexion sur la déréliction propre au thème de la vanité, cher à l’artiste. Celle-ci se déploie au travers de nombreuses représentations.
En écho à de nombreuse références à l’histoire de l’art, Paul Pouvreau réactualise la nature des objets qui guident aujourd’hui nos affects.
Des bouquets triturés, d’autres formés à partir de sacs plastiques, des visages inquiets, un plastique flottant sur un ciel perturbé : l’ensemble forme un paysage en transformation, malmené, qui évoque autant le caractère éphémère de l’existence que la fragilité de notre environnement.
Cette exposition reçoit le soutien de Châteauroux Métropole, du ministère de la Culture, de la Direction régionale des affaires culturelles Centre-Val de Loire, du Conseil régional Centre-Val de Loire, et du Département de l’Indre.
Cette exposition est labellisée Bicentenaire de la photographie par le ministère de la Culture et s’inscrit dans la programmation officielle du Bicentenaire du 1er septembre 2026 au 30 septembre 2027.
Remerciements : Collection FDAC de l’Essonne, Département de l’Essonne Sage comme une image, 1997 2005.1.16 (1-2).
Le vernissage de l’exposition aura lieu le mercredi 30 septembre, 18h.

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