En écho à la Semaine Internationale des Archives.
D’après le philosophe français Jacques Derrida, « la question de l’archive n’est pas une question du passé […] c’est une question d’avenir, la question de l’avenir même, la question d’une réponse, d’une promesse, d’une responsabilité pour demain ». Le Maroc, qui a recouvré son indépendance en mars 1956, ne semble pas avoir assimilé cette évidence ; il a omis d’une façon irrationnelle l’organisation des archives qui constitue pourtant un pilier essentiel d’un État moderne et indépendant. Il a fallu attendre 2007 pour qu’il se dote enfin, sur recommandation de l’Instance Équité et Réconciliation (IER), d’une loi relative aux archives, en vertu de laquelle un établissement dédié à cette question est créé en 2011. Les enjeux étaient de taille : préserver la mémoire historique du pays, soutenir la recherche scientifique, assurer la transparence administrative et juridique, et renforcer l’identité nationale. Les défis n’étaient pas moindres ; il fallait faire face à un manque de moyens humains et financiers pour la gestion et la conservation, à l’insuffisante d’archivistes spécialisés, à la dispersion des fonds d’archives entre plusieurs institutions nationales et étrangères et, surtout, à un déficit d’une « culture des archives » auprès des principaux interlocuteurs censés consolider ce nouvel établissement.
Ayant dirigé Archives du Maroc de 2011 à 2024, cette position privilégiée nous permet de contextualiser sa naissance tardive, d’explorer les enjeux multiples d’une telle institution érigée en 2012 en « établissement public stratégique » et de cerner les nombreux défis entravant l’accomplissement de sa mission.
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