Le concert Romancero sefardico a été créé le 25 juin 2024 aux Trois
Baudets, à Paris, lors du Festival des Cultures juives intitulé
“Paroles”. C’est une commande émanant de l’association “Aki Estamos -
Les amis de la lettre séfarade”, qui souhaitait mettre à l’honneur un
répertoire séfarade oublié : celui des romances (au masculin),
c’est-à-dire des ballades narratives, ou contes chantés issus des
traditions orales et populaires séfarades.
La chanteuse Laetitia Marcangeli a fait appel à trois musiciens
pour composer un quatuor capable de construire un dialogue musical entre
Orient et Occident et ainsi d’évoquer la diaspora séfarade : Morgan
Astruc (guitare espagnole), Timothée Tchang Tien Ling (percussions
arabes), et Yvan Zec (flûtes des Balkans : ney et kaval).
D’une durée d’environ 1h15, ce concert propose un parcours à la
fois musical et poétique qui met à l’honneur la tradition de la chanson
narrative dans la culture séfarade. Les romances choisis sont issus de
collectages pris dans l’arc méditerranéen, de l’Espagne, du Maroc
jusqu’aux Balkans, Grèce, Turquie, Bulgarie. Ils alternent avec des
cantigas, chants plus courts aux atmosphères et aux dynamiques variées
(chants d’amour et d’oubli, sérénades, chants de mariage, berceuses,
chants de tous les jours.
Conçu comme une veillée musicale, le concert s’ouvre avec
l’évocation du chant de la Sirène, pour passer ensuite au romance d’Hero
et Léandre - histoire de deux amants au milieu de la mer, qui conserve
le souvenir des Héroïdes d’Ovide (Ier siècle) et d’un très ancien mythe
grec. On évoque ensuite les retrouvailles de deux soeurs dont l’une est
reine des Maures et l’autre prisonnière, dans une version collectée en
Turquie, puis dans sa version marocaine. Les figures à la fois mythiques
et historiques de Landarico - amant légendaire d’une reine
mérovingienne - , du duc de Grandia - assassiné par son frère à la fin
du XVe siècle -, de la reine maure Jerifa, le dialogue des rois Abénamar
et Jean de Castille sur les beautés de Grenade (XVe siècle), peuplent
ce concert. Chaque chanson est traduite, donnant lieu à une narration en
français intégrée au spectacle, afin de rendre asscessible au public
cette littérature de tradition orale et ce plaisir très ancien du conte
chanté. La pratique du récit en musique remonte sans doute au-delà de
l’Antiquité ; les épopées anciennes, Iliade, Odyssée, mais aussi les
chansons de gestes médiévales occidentales en témoignent. On récitait en
psalmodiant ou en chantant sur une ritournelle, lors de banquets ou de
veillées, ces récits poétiques qui tiennent à la fois du conte et de
l’épopée et sont un métissage de tradition orale et populaire et de
sources savantes et littéraires.
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