« Entrer dans le corps du rivage par une langue échappée ». Nouveau parcours des collections modernes et contemporaines.
« Et, sans y prendre garde, embrasser le sable, entrer dans le corps du rivage par un creusement net, un son, une parole sans traduction possible, une langue échappée, une langue qui ruisselle à travers les doigts / Je veux entrer dans la terre par l’eau / et dans l’eau par l’empreinte de l’eau »
Samira Negrouche, Traces, 2021
Dérivant de Marseille, de son histoire portuaire et de ses diasporas, de ses territoires vécus ou rêvés, le nouveau parcours invite à reconsidérer les collections du musée. Reliée par les voies de navigation aux rives de la Méditerranée, aux Amériques et à l’Asie, Marseille est au 20e siècle le centre névralgique de multiples échanges intellectuels et artistiques. Au cœur d’une économie coloniale, la cité phocéenne devient au cours du siècle le terrain de résistances et de soulèvements, un lieu où se pensent d’autres relations au monde. Ville d’hospitalité où les frontières s’estompent, propice aux métissages culturels, elle est aussi un port d’exils et d’errances, le rivage d’un cimetière marin de femmes et d’hommes espérant trouver refuge. Marseille, solaire et âpre, ouvre ce récit de la création moderne et contemporaine, plurielle et ouverte au monde. L’attention accordée aux croisements et aux hybridations dans les productions artistiques conduit à décloisonner les formes et les matériaux de l’art, en exposant les liens entre peinture, photographie, cinéma, sculpture et poésie. Grâce à de récentes acquisitions, la collection donne davantage de visibilité aux artistes femmes, élargit sa géographie aux rives du Sud et rend sensible l’expérimentation d’autres matérialités. De nouveaux prêts, généreusement consentis par des institutions publiques et des collections privées, soutiennent cet élan.
La proposition graphique de cet accrochage, conçue par Joseph Benoit, s’appuie sur deux typographies contemporaines dessinées par des femmes. Utilisée pour les titres, Rakkas est une police de caractères arabes et latins dessinée par Zeynep Akay. Le dessin arabe s'inspire des lettrages Ruq’ah des affiches de cinéma égyptiennes des années 1950 et 1960 tandis que le dessin latin en reprend l’esprit sans jamais l'imiter. Adelphe, créée par Eugénie Bidaut est conçue pour intégrer plusieurs formes d'écriture inclusive. Ces typographies portent chacune une réflexion sur la manière dont l'écriture peut accueillir la diversité des identités et des héritages culturels.
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