"Depuis plusieurs années, le Service d’Archéologie Préventive de l’Euro-Métropole de Metz réalise des opérations d’archéologique préventive au sein de cours d’école. Ils précèdent les réaménagements et la végétalisation de ces espaces de vie et de jeu, indispensables aux élèves et au personnel y travaillant. Parmi ces chantiers, deux ont permis la découverte de vestiges archéologiques reflétant des pans méconnus de l’histoire messine.
Ainsi, les deux tranchées réalisées en 2022 dans l’école du Graouilly au Sablon ont livré une partie de la nécropole de la fin de l’époque romaine. Malgré les faibles dimensions de la surface décapée, pas moins de 25 potentielles sépultures ont été découvertes. Les individus découverts lors du diagnostic montrent une grande diversité d’âges pour les défunts, allant de 2-4 ans à des personnes âgées. L’absence de mobilier funéraire d’accompagnement, attestant de la modestie dans le mode d’inhumation, ainsi que la datation par C14 d’une des sépultures aux années 264-535, permettent de relier ces individus à ceux découverts au sud de la place Saint-Livier, en 2018. En effet, à l’emplacement des Points d’Apports Volontaires enterrés (PAVe), 28 sépultures à inhumation avaient été fouillées, datées entre la seconde moitié du IIIe siècle et le début du IVe siècle de notre ère. Ces deux opérations concernent vraisemblablement la même nécropole, laquelle était destinée aux classes les plus populaires de la cité des Médiomatriques.
Plus récemment, le diagnostic effectué en 2025 dans les cours des écoles maternelle et élémentaire Les Isles, rue Saint-Vincent, ont livré de tout autres vestiges. Dès 1669, l’abbé de Saint-Vincent réoccupe une grande maison qu’il rebâtit en hôtel abbatial. En 1738, un second hôtel abbatial est construit, lequel sera laissé vacant à la mort de son commanditaire. C’est alors, en 1769, qu’un dépôt de mendicité, ou renfermerie, réoccupe l’emprise. Dans ce lieu ont transité jusqu’à près de 200 personnes simultanément, dans des conditions de vie difficiles. Les latrines des femmes, très majoritaires sur le site, ainsi que les cachots des « fous furieux », font partie des éléments découverts. En 1829, les bâtiments sont à nouveau convertis, cette fois-ci en filature de coton. Les ouvriers, s’ils prenaient part à l’industrialisation naissante, matérialisée par la construction de machines à vapeur, continuaient encore d’utiliser les latrines de la renfermerie.
Ces deux cas d’étude, distants dans le temps et l’espace, interrogent pourtant sur une des plus grandes inconnues en archéologie, et en histoire en général : la place des classes populaires dans la société. Écrite par et pour la noblesse et le clergé, l’histoire fait peu de mention de la vie quotidienne, des parcours, ou tout simplement de l’identité de la vaste majorité silencieuse de la population. Le moindre indice matériel, archivistique ou textuel peut apporter une contribution importante, afin de réduire ce biais considérable dans les sources historiques, lequel abonde proportionnellement au statut social des individus. Loin de l’image d’Épinal sur les sociétés passées de riches Romains en toges enterrés dans de vastes mausolées, de marchands à l’aisance ostentatoire ou de la bourgeoisie d’Ancien Régime, cette communication se propose de « sortir de terre » des portraits plus modestes, parfois douloureux, mais en tous cas plus représentatifs de la diversité de la population Messine de l’Antiquité au XIXe siècle. "
Par Nicolas Revert, archéologue au Service d’Archéologie Préventive de l’Euro-Métropole de Metz.
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