"L'ENFANT D'EN HAUT " d' URSULA MEIER
avec Léa Seydoux, Kacey Mottet Klein...
AVANT PREMIERE LE MERCREDI 11 AVRIL à 20h EN PRÉSENCE DE LA RÉALISATRICE
Simon, 12 ans, emprunte l’hiver venu la petite télécabine qui relie la plaine industrielle où il vit seul avec sa sœur Louise, à l’opulente station de ski qui la surplombe.
Là-haut, il vole les skis et l’équipement des riches touristes qu’il revend ensuite aux enfants de son immeuble pour en tirer de petits mais réguliers bénéfices.
Louise, qui vient de perdre son travail, profite des trafics de Simon qui prennent de l’ampleur et devient de plus en plus dépendante de lui...
" Après avoir réalisé HOME, un film horizontal le long d'une autoroute (…), j'ai eu le désir de réaliser un film vertical rythmé par le mouvement incessant entre le bas et le haut. " L'univers d'Ursula est très visuel : elle est intarissable sur son étroite collaboration avec la chef opératrice Agnès Godard qui a signé l'image de ses deux long-métrages. Egalement attentive au son, elle mène carrément des expériences sur la sensibilité des spectateurs ! Petite fourmi du cinéma qui cherche, expérimente, voyage aussi pour accompagner ses films…Il y aurait beaucoup à dire du travail d’Ursula... Mais arrêtons-nous sur cet incroyable Kacey Mottet Klein qui incarne le petit voleur débrouillard qui monte vers les stations de ski pour voler les riches touristes puis redescend dans sa vallée industrielle, couleur de terre pour revendre skis, gants, lunettes volés. Kacey n'est plus ce petit bonhomme de Home. Avec ses grandes oreilles décollées et sa silhouette d'allumette il s'est extrait de l'enfance pour devenir ce pré-adolescent secret, dur, fragile, déterminé et solitaire tout à la fois. Parions que ce jeune homme ira loin (un césar du meilleur espoir même s'il n'a pas l'âge pour être éligible !), tout comme Léa Seydoux qui incarne, elle, la sœur de Simon.
Céline Novel
Mercredi 11 avril nous invitons Ursula Meier pour l'avant-première de son deuxième long-métrage L'enfant d'en haut. A peine terminé, le film est primé à Berlin et tout s'enchaîne à une vitesse folle. Déjà il fait le tour du monde. Ursula est suisse par son père, française par sa mère mais habite Bruxelles. Dans notre entretient téléphonique, il sera donc beaucoup question de territoire.
Ursula Meier
“Nulle part c'est où ?”
" Nulle part " est cette bande de terre entre deux postes frontières. Ce n'est ni la France, ni la Suisse. Enfant, Ursula grandit à la campagne dans le Pays de Gex. En France donc. Mais Genève l'attire. Elle passe et repasse la frontière, traverse ce no man's land sans nom. Un espace physique et mental à la fois, le terreau idéal pour se construire un univers de cinéma.
Son désir de cinéma remonte à longtemps. Issue d'une famille cinéphile (" Ma mère m'avait réveillée un soir parce qu'il y avait Mon Oncle qui passait à la télé. "), adolescente, elle reçoit un choc cinématographique à l’adolescence : " Un jour, je devais avoir 14 ans, j'ai vu L'argent de Robert Bresson. J’ai eu un vrai choc cinématographique… Les acteurs ne jouaient pas comme d’habitude... Il y avait une écriture de cinéma. Et j'ai eu une émotion qui ne venait pas de l'histoire parce que je n'avais rien compris à l'histoire à cet âge-là (…) mais par contre, j'ai eu une émotion purement de cinéma, d'images, de son, du jeu des comédiens et j'ai été bouleversée par le film. " Des études de cinéma s'imposent. Elle suivra une formation de réalisatrice dans une école belge, l'I.A.D.
Ursula aime expérimenter, chercher. " J'essaie de ne pas me répéter. " Peur de l'étiquetage, des choses normées, peur d'être mise en boîte. " Je fais en sorte que mes films soient différents. J'aime bien ne pas être complètement identifiable. " Les expériences menées ne tiennent pas seulement de la diversité des formats : du court-métrage (Des heures sans sommeil, Tous à table ) au documentaire Autour de Pinget, Pas les flics, pas les noirs, pas les blancs) en passant par le téléfilm Des épaules solides commandé par Arte pour la série " Masculin/féminin " et finalement, le long-métrage (Home, L'enfant d'en haut). Non, Ursula mène de vraies expériences cinématographique - parfois avec malice comme sur le tournage de Tous à table, où seul un acteur connaît la réponse à la devinette que tous se démènent à trouver. Deux caméras ont été nécessaires pour filmer ce tournage à la Cassavetes. Autre exemple : pour la bande-son de Home, Ursula a effectué des recherches afin que le flux incessant de l’autoroute joue sur les personnages de manière physique. “J’ai écouté des sons d’autoroute en écrivant le scénario, pour éprouver la fatigue liée à ce bruit qui ronge les personnages et les pousse à agir de façon brutale, presque irrationnelle. C’était important pour préparer le travail avec les comédiens. J’ai même dû intégrer des scènes de nuit, de silence, tellement ça devenait obsédant. Pour moi, la gestion du bruit, de l’écriture jusqu’au mixage, représentait un véritable enjeu. Je voulais que le spectateur soit au bord de l’autoroute, ressente cette pollution sonore. ” Pousser l'expérience le plus loin possible, aller au bout du bout du bout - comme les personnages de ses histoires. Malgré leur situation précaire - vivre au bord d’une autoroute qui rouvre (Home) ou survivre en volant du matériel de ski (L’enfant d’en haut), tous tentent de vivre jusqu’à la dernière limite leur obsession.
Avec L’enfant d’en haut, Ursula revient dans les décors de son enfance : les Alpes avec ses vallées et ses sommets. Dans son univers de cinéma, un troisième espace se déroule comme un fil tendu au-dessus les deux territoires qui ne se rencontrent jamais. En effet, pour accéder à la station de ski blanche de neige, Simone doit emprunter le télécabine qui le hisse hors de sa vallée industrielle. Où qu’il soit, la vie est dure et ne lui fait pas de cadeau. Mais dans les airs, entre ciel et terre, Simon jouit d’un certain répit. Il mange, se repose dans sa télécabine, se vide la tête. Petit être solitaire plein de vie, Simon a la rage de vivre. Aussi forte que celle d’Antoine Doinel (Les 400 coups de François Truffaut) ou de François (L’enfance nue de Maurice Pialat), ses camarades de cinéma.
A la veille de la sortie de son film en Suisse, en France et en Belgique, pas encore tout à fait remise de son passage à Berlin, Ursula se sent " dans un entre deux ". Un peu comme Simon dans sa télécabine, partagé entre plusieurs territoires sans en choisir aucun. " Moi j'ai choisi " affirme Ursula. " En Belgique, je me sens chez moi. Je me retrouve dans ce regard décalé, cette folie douce, l'esprit surréaliste. La Belgique est un territoire qui ne vient pas de mon héritage." Mais un peu plus tard, elle conclut : " Mon territoire, c'est le cinéma ".
Notre entretient aurait pu durer des heures car Ursula est une passionnée. Elle parle de son travail avec précision et énergie. Vous pourrez la rencontrer le mercredi 11 avril, elle nous fait le plaisir de passer par Nantes avant de s’envoler pour la Corée, l’Italie et le Portugal où ses films sont sélectionnés en festivals.
0 Commentaire Soyez le premier à réagir