Venez nombreux voir l'un des plus beaux films de cette année, ultime oeuvre du génie hongrois Béla Tarr.
SORTIE LE 14 DÉCEMBRE AU KATORZA
* Chronic'art : "C'est de cette résistance à toute perspective de transcendance, à toute logique de variation, c'est de ce choix d'user son dispositif jusqu'à la corde, que résulte l'émotion la plus pleine. Béla Tarr conclut son oeuvre, tout simplement, à son sommet. "
* La croix : "une expérience unique de cinéma, sensorielle, poétique, énigmatique, inoubliable. "
* Le Monde :"Voilà qui suffit à Béla Tarr pour faire naître un monde sous nos yeux. Pendant les deux heures et demie qui suivent, il ne nous laissera pas nous en échapper. "
* Les Inrockuptibles : ""Le Cheval de Turin" est l'un des films les plus puissants, les plus sensoriels, les plus engagés et les plus fidèles à l'idée de modernité cinématographique. Mais aussi l'un des plus compatissants. Et donc l'un des plus beaux de 2011. "
*Libération : "Béla Tarr tire sa révérence avec "Le Cheval de Turin", macération filmique sur la fin du monde. Fun. "
*Positif : "toutes les formes ici mises en oeuvre font écho à des formes déjà investies qu'elles actualisent. Le cinéma de Tarr opère non par ruptures, mais par glissement successifs. "
*Première: "Face à ce monument qu'est "Le Cheval de Turin", la production cinématographique actuelle ne semble proposer que de la verroterie. "
*Le journal du dimanche : "Peu à peu, on comprend que c'est la fin du monde et que Béla Tarr n'espère plus rien, sinon nous hypnotiser avec son obsédante mélancolie. Magistral. "
*Télérame : "Cela pourrait être ennuyeux s'il n'y avait à chaque fois un détail différent. Chaque jour, des signes avant-coureurs d'un événement indéchiffrable. (...) Le vent qui persiste, les fermiers bloqués chez eux, le puits qui s'est vidé sans explication. Une tension monte (...) de manière intermittente, comme une vieille douleur. "
Critique du MONDE :
"Un cinéaste fait toujours le même film, dit-on. Entre son premier long métrage, Nid familial, réalisé en 1977, et Le Cheval de Turin, qui sort aujourd'hui (tous sont visibles à Paris à partir du 3 décembre, dans le cadre de la rétrospective qu'organise le Centre Pompidou), le Hongrois Béla Tarr est certes passé de l'ère communiste à celle d'après, de la ville à la campagne désolée, du gros plan à l'épaule aux larges travellings à la grue... Pour autant, comme le souligne Jacques Rancière dans Béla Tarr, le temps d'après (éd. Capricci, 2011, 96 p., 7,50 euros), ses films tracent inlassablement le même mouvement, "un voyage avec retour au point de départ".
Lors de sa présentation à Berlin en février, le cinéaste a annoncé que Le Cheval de Turin serait le dernier film de sa carrière. Avec le générique de fin, on comprend pourquoi. Après avoir déployé ce mouvement, dont parle Rancière, avec une ampleur symphonique dans Satantango ou Les Harmonies Werkmeister, il travaille ici son motif au plus près de l'os. Qui a vu ses films sait à quel point on en sort terrassé, le souffle coupé par l'extraordinaire puissance d'évocation de ses plans-séquences en noir et blanc et par le pessimisme absolu avec lequel il dépeint l'humanité. La folie terrifiante du Cheval de Turin tient au fait que l'auteur y pousse sa logique jusqu'à un point de non-retour, radicalisant une démarche artistique qui passait pour le parangon de la radicalité cinématographique.
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A l'exception de la séquence d'ouverture, l'espace est réduit ici à une cuvette enclavée, dominée par un arbre mort battu par le vent, et au fond de laquelle vivent, dans une cabane, un vieux cocher et sa fille. Reprenant des acteurs avec qui il a déjà travaillé (Jànos Derzsi, le jeune homme de Sonate d'automne, et Erika Bók, la petite fille dans Satantango), reproduisant certains plans caractéristiques de son style, le cinéaste donne l'impression de verrouiller à double tour une boucle qui ne pourra plus jamais s'ouvrir.
Le film commence pourtant par une note d'humour. Noir, certes, mais qui sert à concentrer l'attention sur une anecdote, laquelle, pour être grave, n'en est pas moins amusante. Il s'agit d'un incident qui aurait bouleversé la vie de Friedrich Nietzsche. Alors qu'il effectuait un trajet en calèche, le cheval a cessé d'avancer. Incapable de le remettre en marche, le cocher a battu la bête, ce qui suscita chez le philosophe un élan de compassion. Nietzsche se pendit au cou de l'animal et passa ensuite les dix dernières années de sa vie dans un état de démence légère.
Quant au cheval, on ne sait pas ce qu'il est devenu, conclut une voix off. Alors, à l'image surgit d'un épais brouillard un homme conduisant une voiture à cheval. Le plan s'étire, happant le spectateur, sans qu'aucune parole ait besoin d'être prononcée. L'homme, le cheval, le mouvement de la charrette, la campagne brumeuse, archaïque et post-apocalyptique, et ce prologue, qui suggère que le mal est là, précédant toute histoire à venir... Voilà qui suffit à Béla Tarr pour faire naître un monde sous nos yeux. Pendant les deux heures et demie qui suivent, il ne nous laissera pas nous en échapper.
Les journées se répètent à l'identique, rythmées par les mêmes gestes, mécaniques, effectués dans le même ordre, sans qu'une parole soit échangée entre le père et sa fille. En contrepoint, une phrase musicale très simple redouble ce rythme métronomique. Dans ces longs plans-séquences hypnotiques, la moindre variation de son, le moindre écart de geste se chargent d'une intensité explosive. Aussi le surgissement d'une bande de Tziganes qui dévalent la pente de la colline dans une danse macabre est-il porteur des plus sombres augures. L'inquiétante troupe disparaît aussi vite qu'elle est arrivée, non sans avoir semé sur son passage un poison mortel qui va tout engloutir.
C'est sur le cheval, véritable héros du film, comme en atteste un sidérant gros plan qui continue de vous hanter après la fin de la projection, que se manifestent les premiers signes de la malédiction. Opposant à l'homme sa subjectivité muette et le mystère de son irréductible altérité, l'animal cesse de s'alimenter. Ce refus opaque résonne avec l'histoire de Friedrich Nietzsche, suggérant la vanité de toute volonté de puissance, et par là, de toute entreprise humaine. Comment après cela Béla Tarr pourrait-il faire un autre film ?"
Isabelle Regnier - LE MONDE
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