La laïcité, aujourd’hui bien commun de la nation française, a été l’objet d’une longue lutte au cours du XIXe siècle et au-delà. Les minorités religieuses, et au premier chef les protestants (2 % de la population de l’époque), ont joué un rôle notable, parfois capital, dans l’établissement d’un État et d’un espace public laïques. Ils avaient besoin de cette neutralité pour échapper aux interdits de l’Ancien Régime ; d’un autre côté, ils ont apporté à l’école et à la République laïques une série de valeurs (par exemple le kantisme, qui a été le terreau de la nouvelle « morale laïque »), de philosophes, de hauts fonctionnaires, de cadres. Il y a eu, dans les années 1870-1900, un moment exceptionnel dans l’histoire de France : ou comment une nation presque intégralement catholique est sortie, sans violence (1905 n’est pas 1793 ni 1871 !), du catholicisme comme cadre social global, et comment une minorité infinitésimale a pu, un moment, peser de manière décisive sur le destin national. Il y a là une énigme, que la conférence tentera d’éclairer.
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