"Les feuilles de papier japonais, flottantes, laissent apparaître ou disparaître un second plan selon le souffle de l’air. L’image devient mobile, vivante.
Je cherche une peinture contemplative : ni mièvre ni fragile, mais sensible et délicate. Des images qui suggèrent sans s’imposer. Des images qui nous habitent. Je veux du beau, du vivant, de l’insaisissable.
La question de l’impression et de la répétition est fortement liée à mon expérience d’imprimeur typographe. La gravure occupe désormais une place centrale dans mon travail. J’aime le moment précis où l’image apparaît au tirage. Même répétée, chaque impression devient unique. Par un procédé spécifique, je rends chaque tirage singulier, j’apporte une picturalité, comme si l’image se révélait à nouveau, différemment. J’aime cette surprise.
Enfant, avant l’ère numérique, j’ai rêvé d’une photographie capable de montrer ce qui se passait juste avant et juste après l’instant saisi. Une image contenant sa propre mémoire. Aujourd’hui, alors que le « live » et la vidéo sont omniprésents, je tente paradoxalement de créer des images fixes qui bougent — par la lumière, par le support, par le sujet.
Le travail chorégraphique, en particulier celui d’Anne Teresa De Keersmaeker m’a beaucoup inspiré. Elle parle de la danse en disant : Chorégraphier c’est incarner une abstraction. Chorégraphier, c’est rendre visible une structure invisible. Peindre, pour moi, relève d’un geste similaire : donner forme à ce qui échappe.
Peindre, c’est se souvenir.
C’est faire apparaître ce qui était déjà là, mais que la lumière n’avait pas encore révélé".
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