Par Claude Reynier, plongeur, membre de l’association nautique de Saint-Pierre
Face à la rivière d’Abord, par plus de quarante mètres de fond, en bordure d’un impressionnant tombant rocheux, les plongeurs en scaphandre découvrent encore aujourd’hui un site aussi fascinant qu’énigmatique : un véritable sanctuaire sous-marin rassemblant plus d’une centaine d’ancres marines. Disposées sur les sédiments ou partiellement enfouies, elles forment un ensemble exceptionnel, vestige silencieux mais éloquent de l’histoire maritime de La Réunion.
Ce « cimetière d’ancres » interroge autant qu’il impressionne. Car l’ancre, élément essentiel de la navigation à voile, représentait autrefois une valeur considérable pour les armateurs et les capitaines. Sa perte n’était jamais anodine, ni économiquement, ni techniquement. Dès lors, comment expliquer une telle concentration d’objets abandonnés en un même lieu ? S’agit-il d’accidents répétés liés aux conditions de mouillage, de tempêtes soudaines, de fonds particulièrement accrocheurs, ou bien de pratiques de délestage volontaire dans des situations d’urgence ?
À travers ces vestiges immergés, c’est toute une part de la vie portuaire et des aléas de la navigation dans l’océan Indien qui affleure. Chaque ancre raconte, en creux, une manœuvre, une tempête, une escale ou un naufrage évité de justesse. Ce site unique invite ainsi à remonter le fil du temps pour tenter de comprendre les usages, les contraintes et les risques du mouillage dans la rade de Saint-Pierre, autrefois haut lieu du commerce maritime dans la région.
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