Avec Doisri, le chorégraphe Jonas Frey présente un solo viscéral et intime qui se déploie à l’intersection entre la mémoire personnelle et l’histoire collective. S’appuyant sur les souvenirs fragmentaires de l’enfance du père de Frey dans un camp d’internement au Suriname, Doisri transforme la biographie en un paysage vivant et mouvant de gestes, de sons et de parole. Le titre provient de Doisri, mot en sranan tongo signifiant « Allemand ». Plus qu’un simple qualificatif, il était un marqueur d’identité, d’altérité et de pouvoir dans un espace façonné par les structures coloniales. La pièce se construit comme une mosaïque chorégraphique : éclats de mémoire, résidus sonores, paysages, échos d’archives qui s’entrechoquent et se recomposent sans cesse. À travers un vocabulaire nourri de danse contemporaine, du break, de pratiques somatiques et de texte poétique, Frey façonne un univers où la mémoire demeure instable et l’identité continuellement réécrite. La scène devient une archive poreuse qui respire, se fracture, bégaie et s’illumine.
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