Le salut est pour l’artiste un moment de vulnérabilité extrême où il retrouve le public pour recevoir la réponse, la sanction à son propre travail. Latifa Laâbissi reprend le titre du dernier solo de Mary Wigman pour composer un bouquet d’adieux "collector" et revisiter ainsi l’histoire de la danse par la fin. Mystérieuse, spectrale, elle glisse avec précision d’un salut à l’autre, tantôt drôle, insolente, conquérante, foireuse… Ou dans une tentative proustienne de redonner corps aux souvenirs, elle salue à la manière de… Si les absents, connus ou inconnus, reviennent ainsi, fantômes éphémères sur le plateau, la performance n’a rien de muséale. Latifa Laâbissi joue sur l’ambiguïté en travestissant son apparence, nous renvoyant en pleine face l’attendu de notre regard, sa charge sociale. Loin d’une citation formelle, la référence à Wigman – dont elle reprend les mouvements délicats des bras et des mains – devient alors le moyen de réaffirmer l’utopie d’un corps libre de ses propres pulsions, loin des tabous et autres assignations identitaires.
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