Dans une salle de bain sobre, dépouillée, style arte povera, un homme se rase soigneusement devant un lavabo. Soudain, la tête d’un garçon surgit du fond d’une gigantesque chiotte et l’interpelle : « Papa, papa… ». Venus eux aussi des abysses, un curé révolté, Don Carlo, et un sacristain qui bêle de désespoir (au doux visage de Totò), vont s’immiscer dans ce dialogue de sourds, joindre leur voix au concert de lamentations.
Dans sa pièce précédente, Spiro Scimone crucifiait ses personnages au faîte d’un Golgotha entouré d’ordures. Giù les plonge au fond du trou. La colère de Scimone, à la mesure du paysage dévasté, ne se refuse rien : la corruption, l’impuissance face au désespoir des plus jeunes, l’exploitation des plus faibles. Et si les excès, le grotesque nous embarquent, c’est par la grâce d’une écriture ciselée pour la joute burlesque et tragique des acteurs.
Cette langue musicale, d’une précision diabolique est, comme celle du joueur de flûte, si ensorceleuse que nous sommes prêts à la suivre jusqu’en enfer.
Bienvenue en Italie, le pays où il fait bon vivre !
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