Saluée par le New York Times comme la « star montante du théâtre indépendant », Tina Satter s’est rapidement fait remarquer pour ses univers scéniques quasi exclusivement féminins. S’inspirant de différentes versions de La Mouette, mais aussi de la correspondance et de la vie de son auteur, c’est donc tout naturellement qu’elle livre de l’oeuvre de Tchekhov une lecture girly, où toutes les interprètes s’ingénient à entretenir le flou entre gang de filles et personnages de la pièce. Ainsi entre deux scènes, on avale quelques pop corn ; on fait des essayages de chapka ; on ironise sur le talent des autres comédiennes ; et on chante à tue-tête des fadaises russes – mais version heavy-metal...
Le talent de Satter est de retrouver Tchekhov à l’endroit où elle semblait s’en être éloignée : car bientôt se recompose sous les yeux des spectateurs une petite famille, une communauté tissée de liens fragiles, de codes tacites, et de sentiments que l’on se plaît à deviner sous le falbala et les perruques. Et dans ce monde d’apparences, où l’artifice et le kitsch s’accordent si bien aux faux-semblants des personnages, on en vient à percevoir une rengaine plus secrète, qu’on a bien du mal à formuler. Elle est pourtant dans le titre, et elle murmure : « Je pense à toi ».
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