Ces dernières années, un grand nombre de mouvements, revendications, crises et débats apparaissent comme des signes que la colonisation par la France des territoires aujourd’hui appelés « ultramarins » à partir du XVIe siècle structure le contemporain – on parle de “continuum colonial”. C’est dire aussi que le système esclavagiste qui a été implanté à partir du XVIIe siècle sur ces mêmes territoires, couplé au développement de la traite dite “négrière”, ont laissé des séquelles vives sur les terres, les corps et les esprits, au-delà de son abolition officielle en 1848. Blackground : murmures des mornes rassemble près d’une cinquantaine d’artistes qui travaillent à partir des survivances de l’esclavage colonial1.
Les pratiques des artistes réunis dans cette exposition cherchent à élargir les formes que peuvent prendre la mémoire, à mettre en lumière et occuper les « manques » de l’histoire officielle, mais aussi à créer à partir de gestes et traces de résistances. Elles partent du postulat que le monde dans lequel nous vivons ne peut se comprendre sans ce blackground, arrière-plan noir qui résiste à l’intérieur même de l’histoire de la domination. Leurs œuvres nous amènent à écouter les chants, les cris et les chuchotements qui viennent des mornes, espaces de marronnage, de refuge et de communauté, tout en refusant le spectacle de la violence.
Le projet Blackground : murmures des mornes se déploie en plusieurs temps. D’abord par un ensemble d’expositions au Capc musée d’art contemporain de Bordeaux, au Frac MÉCA, à la Bibliothèque Mériadeck ainsi qu’au Musée d’Aquitaine. Dans ces institutions, chaque exposition collective répond au contexte particulier dans laquelle elle s’inscrit : le Capc se pose la question de la plantation et du monument à partir de son inscription dans un ancien entrepôt de denrées coloniales ; au FRAC Meca, c’est la vue sur la Garonne qui engendre une réflexion sur et par l’eau ; à la Bibliothèque Mériadeck, ce sont les écrits de Maryse Condé, Angela Davis et Suzanne Roussi-Césaire qui forment un noyau de réflexion sur la langue2; et enfin, au Musée d’Aquitaine, des œuvres s’infiltrent dans le parcours permanent pour offrir des points de fuite à l’histoire officielle.
Plus tard dans l’année, à Zébra3 puis aux Archives de Bordeaux Métropole, l’artiste Simon Gabourg est invité à développer un projet en deux temps qui part d’une réflexion sur l’histoire de la culture du caoutchouc, entre la Guadeloupe, la France et le Vietnam.
1. Traduction de l’expression ‘afterlives of slavery’ de l’universitaire américaine Saidiya Hartman.
2. Ce projet est une reprise et adaptation de Correspondances. Lire Angela Davis, Audre Lorde, Toni Morrison qui s’est tenu au Crédac à Ivry-sur-Seine en 2024 et dont les commissaires étaient Claire Le Restif et Elvan Zabunyan.
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