Alchimie
Au début du 20ème siècle, la matière sonore fait l'objet de constantes recherches. La "couleur du son" devient une composante essentielle des œuvres. Ravel et…
Programme:
Concert pour piano, violon et quatuor à cordes, Ernest Chausson
Sonate pour piano et violon, César Franck
À l’orée du XXème siècle, la « Belle époque » est marquée par les innovations scientifiques et un exceptionnel épanouissement artistique et culturel : elle correspond aussi à l’un des moments le plus florissants de la vie musicale française. Parmi les nombreuses figures qui s’y épanouissent se détache en particulier celle du violoniste et compositeur Eugène Ysaÿe (1858-1931) : immense violoniste, virtuose, mais aussi pédagogue et interprète engagé, celui-ci entretient des liens étroits avec les compositeurs de son temps (Franck, Chausson, Debussy, Fauré, Saint-Saëns…) contribuant à l’émergence d’un extraordinaire répertoire. La Sonate pour violon et piano de César Franck, dédiée à Ysaÿe à l’occasion de son mariage en 1886, et le Concert d’Ernest Chausson, composé entre 1889 et 1891 et créé par le violoniste en 1892, témoignent de cette relation féconde : par leur écriture cyclique, leur chromatisme et l’ampleur de leur discours lyrique, ces deux œuvres illustrent particulièrement l’art de César Franck, ainsi que son influence sur la jeune génération : une voie qu’emprunta avec enthousiasme le jeune Ernest Chausson, admirateur de Wagner et lui-même élève de Franck au Conservatoire.
_« Au-dessous de la petite ligne du violon, mince, résistante, dense et directrice, il avait vu tout d’un coup chercher à s’élever en un clapotement liquide, la masse de la partie de piano, multiforme, indivise, plane et entrechoquée comme la mauve agitation des flots que charme et bémolise le clair de lune. »_. C’est ainsi que Proust dépeint la mystérieuse « Sonate de Vinteuil » , compositeur (fictif) de génie dont la musique hante le narrateur dans _A la Recherche du temps perdu_ . Cette œuvre correspondrait en réalité à la sonate de Franck, dont le thème au charme si particulier ne cesse de revenir sous de nouveaux visages au cours des quatre mouvements, et qui offre au piano une impressionnante partition dans laquelle le compositeur-organiste déploie toute l’ampleur de ses registres.
Si la Sonate de Franck (peut-être ainsi portée par sa renommée proustienne), s’est imposée comme « le » modèle de la sonate pour violon et piano, en revanche le Concert de Chausson est une œuvre à l’effectif unique, une exception magnifiquement réussie. Face au violon soliste, le piano, doté d’une partie virtuose, est un véritable « orchestre » auquel répond un troisième acteur, le quatuor à cordes. Acteur à part entière, celui-ci vient commenter l’action à la façon d’un chœur antique, avant de s’y jeter à son tour : les couleurs apportées par ces alliages instrumentaux créent une palette sonore d’une merveilleuse délicatesse. Mais les moments les plus émouvants sont certainement ceux où tous ces instruments fusionnent dans un ensemble grandiose et poignant.
Interprètes:
Pauline Klaus, violon
Marc-Olivier de Nattes, violon
Frédérique Rouzeau, violon
Loïc Abdelfettah, alto
Samuel Etienne, alto
Kazuko Hiyama, piano
Commentaires
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