Bleachers - SALLE PLEYEL

Description

Présenté par Super! (LR-2019-473). Jack Antonoff – Bio 2026 Le troisième titre du cinquième album de Bleachers s’intitule We Should Talk. Derrière cette chanson, qui parle avant tout de renouer avec un ami perdu de vue, se cache aussi, selon Jack Antonoff, le cœur même de sa démarche artistique — un retour à ses débuts dans la musique. « On avait un groupe, une vie, des rêves… dans un van, on écrivait notre propre bible », chante-t-il, résumant avec poésie ses années d’adolescence, lorsqu’il quittait le New Jersey des petites villes avec Outline. Ce groupe, marqué par l’influence du punk underground, sortait ses propres EP, apparaissait sur des compilations aux titres évocateurs comme Bottled Violence ou Punk Will Never Die, et organisait ses concerts dans des librairies anarchistes ou des lieux communautaires grâce à un guide culte, Book Your Own Fucking Life. « On appelait ça de l’emo, mais pour nous, ça voulait dire Fugazi ou Texas Is The Reason — rien à voir avec ce que ce terme évoque aujourd’hui. » À bord du monospace familial d’Antonoff, guide en main, ils sillonnent les États-Unis avec une fierté très “New Jersey”. « J’avais 14 ans quand on a commencé. On jouait dans des salles municipales ou des clubs d’anciens combattants, pendant qu’à 15 kilomètres de là, The Strokes donnaient leurs premiers concerts à Manhattan. Mais on n’aurait jamais envisagé d’y aller. Pas par manque d’argent ou de liberté — juste parce qu’on se disait : “ce truc new-yorkais, très peu pour nous”. On venait d’une autre planète. Le New Jersey est séparé de Manhattan par un bras d’eau, comme un fossé médiéval que personne ne traverse. Il y a cette idée que tout ce qui fait la réputation de New York — les bagels, la pizza, l’ambiance — est en réalité meilleur chez nous. Et franchement, c’est vrai. » La vie en tournée, avec Outline puis avec Steel Train — un groupe au son plus folk — est rude. « On devait faire 250 concerts par an, pendant cinq à dix ans, à une époque où être musicien n’était pas quelque chose dont les parents se vantaient », raconte-t-il en souriant. « Et pourtant, c’était magique. Ça m’a donné un amour immense pour la scène. Pourquoi certaines personnes ressentent ce besoin étrange de monter sur scène, de transpirer et hurler avec une foule ? Moi, je l’ai. » C’est sans doute en partie ce qui l’a poussé à fonder Bleachers. Car en 2013, Antonoff n’avait pas vraiment besoin d’un nouveau projet : sa carrière d’auteur-compositeur et producteur était sur le point d’exploser — ce qu’elle fera rapidement. « Et pourtant, j’étais envahi par l’angoisse. J’avais 26 ou 27 ans, une période charnière où l’on peut basculer d’une vie insouciante vers quelque chose de plus sombre. J’adore travailler avec d’autres artistes, mais ce n’est qu’une partie de ce que je fais. Et quand ça a commencé à marcher, j’ai ressenti une anxiété énorme. » Sa réponse : créer son propre groupe, en tant que chanteur et principal auteur, et revenir jouer dans des clubs. Depuis la sortie de leur premier album Strange Desire en 2014, Bleachers a connu une ascension progressive : des petites salles comme The Met à Pawtucket jusqu’au Madison Square Garden, d’un album enregistré entre deux hôtels pendant une tournée avec Fun à des collaborations avec des figures majeures, du collectif hip-hop Organized Noise à son héros d’adolescence Bruce Springsteen. Ce dernier incarne, selon Antonoff, « ce son typiquement New Jersey que tout le monde reconnaît sans vraiment le nommer — et que je me sens chargé de faire vivre ». Mais surtout, Bleachers a fédéré une communauté de fans extrêmement engagée, que le musicien décrit comme « une famille ». « Quand on joue, il y a dans la salle une atmosphère unique : ce sont des gens qui me comprennent vraiment. » Lui qui dit s’être « toujours senti profondément incompris » y trouve une connexion rare. « Ce n’est pas juste un public, c’est une culture, une scène. On traverse les choses ensemble. En tournée, s’il se passe un événement marquant — une tragédie, par exemple — on en parle, on peut même changer la setlist. Mais c’est encore plus profond : on grandit ensemble. Ce que j’ai compris, c’est à quel point les gens ont besoin de se rassembler, de croire en quelque chose de sincère. Ils sont fatigués d’être tournés en dérision. » Cette relation repose en grande partie sur la sincérité des chansons de Bleachers, que Antonoff décrit comme « profondément honnêtes » et très personnelles, à contre-courant d’un monde qui, selon lui, pousse à l’indifférence. On peut y voir un héritage direct de l’emo de ses débuts. « Si on ouvrait quelqu’un, à quoi ressemblerait-il ? Moi, je sonnerais comme ça. C’est peut-être mal vu, mais faire autrement me paraît vide de sens. C’est plus effrayant que jamais d’être aussi transparent, mais je me sens aussi plus audacieux que jamais. » Les morceaux de Everyone For Ten Minutes explorent ce qui lui importe : le mariage, les fractures générationnelles, le deuil, la mort — et notre incapacité à en parler — ainsi que ce qu’il appelle « ce moment culturel profondément étrange » que nous traversons. Parmi les titres bonus figure On The Roof At ELS, une ode simple aux verres partagés entre amis après une session au mythique studio Electric Lady, devenu sa seconde maison. Musicalement, l’album navigue entre folk rock harmonique, pop-soul scintillante et ce fameux son du New Jersey teinté de saxophone. Les morceaux oscillent entre tristesse poignante, colère vive et humour noir. Et malgré ses zones d’ombre, Antonoff le considère comme fondamentalement optimiste. « J’ai toujours beaucoup d’espoir, surtout dans l’art. Il n’y a pas grand-chose d’autre en quoi croire, aujourd’hui. » Enfin, il revient à ce lien avec son public. « Beaucoup pensent qu’il faut donner aux gens ce qu’ils veulent. C’est faux. La pire chose que l’on puisse faire à son public, c’est être inauthentique. Les gens le sentent immédiatement. Et ça les rend tristes, parce que ça revient à les prendre pour des idiots. Ce qui est beau dans le fait de jouer, d’enregistrer, de dialoguer avec un public sur la durée, c’est qu’ils vous connaissent vraiment. Il y a une vraie relation. Et pour moi, tout repose sur ça. Alors s’il y a une occasion de l’approfondir… »

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