"[...]Nous tentons de n’éviter aucun aspect de ces moments de douleur, douleur c’est le mot, mais nous sommes au théâtre, et pour pouvoir aborder la douleur nous la mettons à distance de mille manières, nous tordons le cou à la réalité, puisque le mort est là qui parle de lui-même avec toute sa tête, et parfois il la perd complètement, nous tordons le cou à la solennité, au pathétique, et le pire nous fait rire. Tous les moyens du théâtre sont bons pour que ce temps de mort devienne un temps de vie intense. Il ne s’agit pas d’une tragédie, il s’agit d’une tragi-comédie avec chansons et double-tecks, harpe électrique et tangos argentins.
Les plumes remplissent l’espace scénique, elles s’accrochent aux cintres en constellations transparentes et géométriques, elles dégoulinent du ciel en cascades immobiles et vibrantes, elles s’envolent sous les pas des acteurs, se jettent par poignées, se balaient soigneusement, se récoltent comme des pierres précieuses. La mort est ici une plume légère comme une plume. Elle folâtre sur le plateau, on la chasse d’un sourire, elle se pose sur une épaule, on la chasse d’un souffle. Ce n’est pas vrai que la mort est légère, mais oui, ça l’est. Parce que nous avons décidé qu’il en soit ainsi."
Jean-Michel Rabeux
Source : Open Agenda
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