A 13h00
Visite libre 5 / 4 € - Visite guidée (samedi et dimanche à 15h30) 7 / 6 €
Serge Najjar, né à Beyrouth en 1973, à la veille de la guerre civile, est un photographe dont la notoriété rapide et immense est le fruit des réseaux sociaux. Il se fera connaître sous le nom de « serjios » sur Instagram. Largement autodidacte, il travaille d’abord avec son smartphone avant de se tourner vers la photographie argentique. En 2011, il est nominé au prix Pictet pour une photographie prise à l’aide de son téléphone portable. Il remporte ensuite le prix Photomed en 2014.
La prédilection de Serge Najjar pour le béton, matériau mal aimé, signe d’une urbanisation sauvage, peut étonner. Pourtant, seul le béton rend possible les tracés les plus audacieux, les textures et les couleurs les plus variées. L’œil se perd dans des surfaces presque irréelles qui dé-coupent l’espace avec une précision graphique. Est-ce une photographie ou un tableau ? On s’approche pour comprendre ce que l’on voit, on hésite : angles, lignes, couleurs, textures, superpositions composent l’abstraction. C’est une photographie.
Face à son objectif, les murs dont il ne cache pas les irrégularités, semblent porter en eux des toiles vivantes. On y lit les plus grands artistes abstraits et constructivistes du XXe siècle. Mais attention, Najjar révèle sans jamais s’inspirer. La clairvoyance de son regard est d’autant plus frappante qu’il ne met jamais en scène ses sujets et qu’il ne retouche jamais ses prises de vue. Il ne fait que révéler ce que le regard pressé ne saurait voir, ce qu’Henri Cartier Bresson, qu’il admire, appelait « l’instant décisif ». Quand un ouvrier passe dans le cadre, il fera partie de la composition. Son regard nous permet de revisiter notre monde contemporain à l’échelle des hommes, qui apparaissent et humanisent les architectures.
Serge Najjar est dans la lignée des artistes photographes esthètes, de Man Ray à Lucien Clergue, qui impriment leurs marques attestant d’une intention artistique. De sorte que ses photographies ne sont jamais un calque de la réalité mais son exact inverse.
Dans un pays marqué par la guerre, ces photographies prennent une dimension symbolique, politique. Entre construction, destruction et reconstruction, le Liban n’a de cesse de se réinventer après chaque blessure. Les immeubles de Najjar racontent aussi un pays qui continuellement se relève. Chaque photographie devient alors une suspension fragile entre deux états : la destruction et la promesse.
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